Économie

Fiscalité locale 2026 : les communes ont-elles vraiment augmenté les impôts ?

4 septembre 2026
Par Michael Novea - Photo: Réuni en séance plénière, le conseil municipal a voté le budget 2026 - © C. Ruiz
Fiscalité locale 2026 : les communes ont-elles vraiment augmenté les impôts ?

À l’heure où les propriétaires reçoivent leurs avis de taxe foncière, l’idée d’une hausse généralisée de la fiscalité locale pourrait sembler aller de soi. Pourtant, les chiffres publiés fin août par la Direction générale des Finances publiques racontent une histoire beaucoup plus nuancée : en 2026, près de 86 % des communes ont conservé leur taux de taxe foncière sur les propriétés bâties. Derrière cette stabilité nationale se cachent cependant des choix locaux très différents. Angers maintient ses taux inchangés pour la treizième année consécutive, Marseille reconduit également les siens, tandis qu’à Montpellier la Ville conserve ses taux mais la Métropole relève fortement sa part de foncier bâti. Trois territoires, trois illustrations d’une même équation : comment préserver les services publics et l’investissement sans alourdir davantage la fiscalité locale ?

Une rentrée fiscale plus stable qu’on pourrait le croire

Chaque rentrée ramène la même question : les impôts locaux ont-ils augmenté ? En 2026, la réponse est moins simple qu’il n’y paraît. Car une hausse de la taxe foncière payée par un propriétaire ne signifie pas nécessairement que sa commune a augmenté son taux.

L’étude publiée le 27 août par la Direction générale des Finances publiques compare les taux de fiscalité directe locale votés en 2026 avec ceux de 2025. Elle porte sur quatre grands impôts : la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB), la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB), la taxe d’habitation sur les résidences secondaires (THRS) et la cotisation foncière des entreprises (CFE).

Premier enseignement : la stabilité domine très largement. Pour la taxe foncière sur les propriétés bâties, 85,8 % des communes ont reconduit leur taux. Elles sont 87 % à avoir fait de même pour le foncier non bâti, 83,2 % pour la taxe d’habitation sur les résidences secondaires et 89,9 % pour la CFE.

Les baisses de taux sont, elles, extrêmement rares : moins de 1 % des communes selon les différentes taxes. Entre ces deux extrêmes se trouvent donc les collectivités ayant choisi l’augmentation. Elles représentent un peu moins de 14 % des communes pour le foncier bâti et 16,4 % pour la taxe d’habitation sur les résidences secondaires.

Même lorsqu’une commune augmente son taux, le mouvement reste généralement limité. Parmi celles ayant relevé leur taxe foncière bâtie, 85 % ont procédé à une hausse inférieure à deux points. Pour la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, cette proportion atteint près de 95 %.

La photographie nationale est donc assez claire : 2026 n’est pas l’année d’une augmentation généralisée des taux communaux.

Taux stable ne veut pas dire facture stable

Cette distinction est essentielle pour comprendre les avis d’imposition reçus par les contribuables. Le montant de la taxe foncière résulte notamment de l’application du taux voté localement à une base fiscale correspondant à la valeur locative cadastrale du bien.

Or ces bases sont revalorisées chaque année au niveau national. En 2026, leur revalorisation forfaitaire est de 0,8 %. Une commune peut donc voter exactement le même taux qu’en 2025 et voir malgré tout le produit de la taxe foncière progresser, tandis que la cotisation de certains propriétaires augmente.

Cette mécanique explique une partie du paradoxe de la rentrée : les collectivités peuvent affirmer, à juste titre, ne pas avoir augmenté leurs taux, alors que des contribuables constatent une augmentation de leur avis.

Elle permet également aux communes de bénéficier d’une certaine progression de leurs recettes fiscales sans avoir à prendre la décision politiquement plus sensible de relever les taux.

Le contexte de 2026 rend cet arbitrage particulièrement important. Les collectivités doivent composer avec des charges de personnel croissantes, des besoins d’investissement élevés et des contraintes sur certaines recettes. Au 31 juillet, la DGFiP constatait une progression de 2 % des dépenses réelles de fonctionnement des collectivités par rapport à la même période de 2025, avec notamment une hausse de 2,5 % des frais de personnel.

Dans le même temps, les recettes réelles de fonctionnement progressaient de 3,8 % et les impôts locaux de 2,8 %. L’épargne brute globale des collectivités atteignait 13,7 milliards d’euros à cette date, contre 11,1 milliards un an auparavant. La situation agrégée s’est donc améliorée, mais elle masque naturellement des réalités très différentes selon les territoires.

Angers : treize années sans augmentation des taux

Angers constitue un premier exemple particulièrement parlant. Pour 2026, la municipalité a choisi de reconduire une nouvelle fois ses taux de fiscalité locale.

Ce n’est pas une décision isolée : la Ville indique ne pas avoir augmenté ses taux depuis 2014. L’exercice 2026 constitue ainsi la treizième année consécutive de stabilité.

Le choix est assumé comme un élément de stratégie budgétaire. Plutôt que d’actionner le levier des taux, la collectivité met en avant la maîtrise des dépenses de fonctionnement. Cela ne signifie pas pour autant que ses recettes fiscales restent figées.

Dans son budget 2026, Angers prévoit 130,7 millions d’euros provenant des taxes foncières et de la taxe d’habitation. À l’échelle de la Ville, les impôts et taxes doivent représenter 157,6 millions d’euros.

L’exemple angevin illustre ainsi parfaitement la différence entre le taux et le produit fiscal : il est possible de maintenir la pression fiscale décidée localement tout en bénéficiant de l’évolution des bases et du territoire.

Cette stratégie a toutefois une contrepartie. Lorsqu’une collectivité renonce durablement à augmenter ses taux, l’ajustement doit davantage porter sur ses dépenses, son épargne, ses autres recettes ou le rythme de ses investissements.

Angers fait donc le choix d’ériger la stabilité fiscale en principe de gestion. Dans un environnement où les marges financières sont surveillées de près, cette continuité constitue en elle-même un choix politique.

Marseille : des taux inchangés, mais des recettes qui progressent

À Marseille aussi, le budget 2026 repose sur la stabilité des taux.

Le taux communal de taxe foncière sur les propriétés bâties est maintenu à 44,54 %. Celui du foncier non bâti reste fixé à 24,99 %. La taxe d’habitation sur les résidences secondaires demeure à 28,56 %, avec maintien de la majoration de 60 % applicable aux résidences secondaires concernées.

Pourtant, la Ville anticipe une progression importante du produit du foncier bâti.

Son rapport d’orientations budgétaires estime à 758,5 millions d’euros le produit 2026 de la taxe foncière bâtie. La hausse forfaitaire des bases de 0,8 %, ajoutée à l’évolution physique du parc immobilier, devrait procurer environ 7,6 millions d’euros de recettes supplémentaires par rapport au budget primitif 2025, sans modification du taux.

Marseille fournit donc une démonstration très concrète du mécanisme fiscal : un taux peut rester strictement identique et la recette augmenter de plusieurs millions d’euros.

C’est aussi une illustration des transformations de la fiscalité locale depuis la disparition de la taxe d’habitation sur les résidences principales. La taxe foncière est devenue un levier particulièrement visible pour les communes, tandis que la fiscalité sur les résidences secondaires constitue un outil spécifique dans les territoires où la question du logement et de la disponibilité du parc résidentiel est sensible.

La décision marseillaise de conserver une majoration de 60 % de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires montre ainsi qu’une politique de stabilité générale des taux peut coexister avec une fiscalité ciblée sur certaines catégories de biens.

Montpellier : la différence entre la commune et la métropole

Le cas montpelliérain apporte une troisième lecture, particulièrement intéressante parce qu’il rappelle qu’un contribuable ne dépend pas uniquement des décisions de sa mairie.

Pour 2026, la Ville de Montpellier maintient ses taux communaux. Le foncier bâti reste fixé à 52,63 %, le foncier non bâti à 112,71 % et la taxe d’habitation sur les résidences secondaires à 22,49 %. La municipalité souligne que ses taux communaux sont stables depuis 2020.

Mais à l’échelle de Montpellier Méditerranée Métropole, la décision est différente.

La Métropole a adopté au printemps un taux de taxe foncière sur les propriétés bâties de 5,8 %, alors que la part intercommunale était auparavant de 0,16 %. L’exécutif métropolitain justifie cette décision par la nécessité de financer les compétences exercées à l’échelle des 31 communes et de maintenir l’offre de services publics ainsi qu’un niveau important d’investissement.

Pour un propriétaire montpelliérain d’un appartement de 65 m², la Métropole a évalué l’effort supplémentaire à environ 7 à 8 euros par mois.

C’est probablement le cas le plus instructif pour comprendre la fiscalité locale en 2026 : une ville peut ne pas augmenter son taux communal tandis que l’intercommunalité à laquelle elle appartient augmente le sien.

La lecture d’un avis de taxe foncière ne peut donc pas se réduire à la seule politique fiscale du maire.

Cette distinction devient d’autant plus importante que les intercommunalités exercent désormais des compétences majeures : transports, développement économique, déchets, eau et assainissement selon les territoires, aménagement ou encore transition écologique. Leur besoin de financement constitue une composante à part entière de la fiscalité locale.

Les intercommunalités encore plus prudentes que les communes

À l’échelle nationale, Montpellier reste toutefois un cas minoritaire.

Les données publiées par la DGFiP montrent que les EPCI ont été encore plus nombreux que les communes à maintenir leurs taux en 2026. 92,2 % ont reconduit leur taux de foncier bâti, 93,5 % celui du foncier non bâti, 92,2 % celui de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires et 94,3 % leur taux de CFE.

Selon les taxes, seulement 5,5 % à 7,6 % des EPCI ont augmenté leurs taux.

Cette prudence n’est pas anodine. L’année 2026 a été marquée par les élections municipales et communautaires des 15 et 22 mars. Les nouvelles assemblées ont dû rapidement arrêter leurs décisions fiscales : la date limite de notification des taux à la DGFiP avait exceptionnellement été repoussée du 15 au 30 avril.

Dans ce contexte politique particulier, la stabilité apparaît comme le choix largement dominant.

La taxe sur les résidences secondaires, exception notable

Une taxe se distingue néanmoins : la taxe d’habitation sur les résidences secondaires.

Avec 16,4 % des communes ayant augmenté leur taux en 2026, elle connaît davantage de mouvements que les autres grandes taxes étudiées.

Surtout, environ 2 400 communes ont utilisé en 2026 le dispositif permettant de majorer cette taxe, contre environ 1 300 en 2025.

L’évolution est significative. Elle montre que certaines collectivités cherchent moins à augmenter uniformément la fiscalité qu’à utiliser des outils ciblés pour répondre à des problématiques territoriales précises, notamment dans les zones confrontées à une forte présence de résidences secondaires et à des tensions sur le logement permanent.

La fiscalité locale devient alors également un instrument de politique publique.

Derrière la stabilité, une autonomie fiscale transformée

Les chiffres 2026 racontent finalement une histoire plus complexe que celle d’une simple hausse ou d’un gel des impôts locaux.

La suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales a profondément modifié le lien fiscal entre les habitants et leur commune. Les collectivités disposent toujours de leviers, mais ceux-ci sont désormais davantage concentrés sur la propriété foncière, les résidences secondaires et, pour les intercommunalités notamment, la fiscalité économique.

Le débat ne porte donc plus seulement sur le niveau des taux. Il concerne également la capacité des collectivités à financer durablement leurs politiques publiques.

Les exemples d’Angers, Marseille et Montpellier montrent trois facettes de cette équation. Angers inscrit la stabilité fiscale dans la durée et privilégie la maîtrise des dépenses. Marseille maintient ses taux tout en bénéficiant de la progression des bases et de son assiette fiscale. Montpellier conserve également ses taux communaux, mais son intercommunalité choisit d’actionner le foncier pour financer ses compétences et ses investissements.

Aucune de ces situations ne peut être résumée par la formule « les impôts locaux augmentent » ou « les impôts locaux n’augmentent pas ».

Une stabilité qui constitue elle-même un choix politique

Le principal enseignement de la rentrée 2026 est peut-être finalement celui-ci : malgré les contraintes qui pèsent sur leurs budgets, près de neuf communes sur dix ont choisi de ne pas modifier leur taux de taxe foncière bâtie.

Cela ne signifie ni que les cotisations individuelles sont toutes stables, ni que les finances locales sont à l’abri des tensions. Cela signifie que la majorité des exécutifs locaux ont choisi d’éviter, cette année encore, une hausse générale des taux.

Les prochaines années diront si cette stratégie peut durer. Car les collectivités doivent simultanément financer la rénovation des bâtiments publics, l’adaptation au changement climatique, les mobilités, le logement, les écoles, la sécurité, les infrastructures et des services publics dont les coûts évoluent.

La question qui se dessine derrière les chiffres de 2026 dépasse donc largement la taxe foncière : jusqu’où les collectivités pourront-elles préserver leurs capacités d’action sans retrouver davantage de marges de manœuvre fiscales ?

C’est probablement là que se situe le véritable débat de la prochaine mandature locale.

Source : Rédaction Observatoire des collectivités den France Photo: Réuni en séance plénière, le conseil municipal a voté le budget 2026 - © C. Ruiz