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Montmélian : cette petite ville faisait déjà de la transition énergétique quand personne n’en parlait

27 août 2026
Par Gabriel Favre - Rédaction Observatoire des collectivités de France
Montmélian : cette petite ville faisait déjà de la transition énergétique quand personne n’en parlait

En 1983, la « transition énergétique » n’était pas encore devenue un programme politique, un service municipal ou une ligne budgétaire dans les collectivités. À Montmélian, petite ville de Savoie qui compte aujourd’hui 4 024 habitants, le maire de l’époque, Roger Rinchet, profite pourtant de travaux sur la piscine municipale pour tenter quelque chose d’encore inhabituel : installer des capteurs solaires thermiques sur le toit de ses vestiaires. Plus de quarante ans plus tard, ces équipements fonctionnent toujours et la commune poursuit la même direction. Solaire thermique, photovoltaïque, rénovation des bâtiments, autoconsommation, lutte contre la précarité énergétique et bientôt réseau de chaleur : l’histoire de Montmélian permet d’observer un phénomène rare dans les politiques locales. Que se passe-t-il lorsqu’une commune ne change pas de cap énergétique à chaque mandat, mais poursuit une stratégie pendant plus de quatre décennies ?

Tout commence sur le toit d’une piscine

Il faut revenir au début des années 1980 pour comprendre pourquoi Montmélian constitue aujourd’hui un cas singulier. Le premier choc pétrolier est encore dans les mémoires et les collectivités commencent à s’interroger sur leur dépendance aux énergies fossiles. À Montmélian, lorsque la toiture de la piscine municipale doit être refaite, Roger Rinchet, alors maire de la commune, propose d’y installer des capteurs solaires thermiques. L’installation est inaugurée en 1983. La Banque des Territoires indique qu’elle représente alors 220 m² de capteurs. L’ADEME, qui est revenue sur cette histoire en avril 2026, la présente comme l’un des premiers systèmes solaires thermiques déployés par une collectivité en France.

Le résultat donne rapidement une raison à la municipalité de poursuivre. Selon Béatrice Santais, maire de Montmélian, citée par l’ADEME, la commune constate dès la première année environ 75 % d’économie d’énergie fossile pour chauffer l’eau. Ce chiffre est important non seulement parce qu’il mesure l’efficacité du dispositif, mais aussi parce qu’il intervient à une époque où la rentabilité et la fiabilité du solaire suscitent encore beaucoup plus d’interrogations qu’aujourd’hui.

Plus étonnant encore : plus de quarante ans après leur installation, ces premiers équipements sont toujours en fonctionnement. La Banque des Territoires indiquait déjà en 2022 que les installations de la piscine fonctionnaient toujours, après quelques adaptations et un nettoyage des panneaux réalisé en 2008, sans travaux majeurs signalés. L’ADEME confirme en 2026 que les capteurs continuent de produire de la chaleur.

Ce détail change la manière de regarder l’expérience montmélianaise. Il ne s’agit plus d’un équipement innovant présenté quelques mois après son inauguration, mais d’une installation dont on peut observer la durée de vie à l’échelle de plusieurs décennies.

Une première expérience qui en entraîne d’autres

Après la piscine, Montmélian ne s’arrête pas au premier projet réussi. À la fin des années 1980, environ 400 m² de capteurs solaires thermiques sont installés sur le toit de l’Ehpad Saint-Antoine. Selon l’ADEME, ils permettent de couvrir une grande partie des besoins en eau chaude d’un établissement accueillant alors 171 résidents. D’autres équipements municipaux suivront progressivement.

La logique employée à Montmélian est intéressante parce qu’elle ne consiste pas à poser des panneaux sur chaque bâtiment disponible. La collectivité cherche d’abord les usages pour lesquels la production solaire thermique est particulièrement pertinente. Une piscine ou une maison de retraite présentent, par exemple, des besoins importants et réguliers en eau chaude. Béatrice Santais expliquait ainsi à la Banque des Territoires que le solaire thermique était particulièrement adapté à ce type d’équipements mais beaucoup moins pertinent, selon les usages, pour une école ou un gymnase.

Au fil du temps, la stratégie évolue donc avec les technologies. Le solaire thermique est complété par le photovoltaïque, la rénovation énergétique du patrimoine communal et des actions destinées à réduire les consommations.

C’est sans doute l’un des enseignements les plus intéressants de Montmélian : produire de l’énergie renouvelable ne suffit pas. La commune applique également un principe désormais classique dans les politiques énergétiques mais qui prend ici une dimension très concrète : réduire les besoins, améliorer l’efficacité des bâtiments puis produire localement l’énergie qui reste nécessaire.

Quarante ans plus tard, le solaire produit toujours

L’histoire pourrait s’arrêter à la conservation de quelques équipements pionniers. Elle s’est au contraire poursuivie.

En 2025, le parc photovoltaïque de Montmélian a produit près de 260 MWh d’électricité, selon les chiffres publiés par l’ADEME. La commune a autoconsommé 49 % de cette production, ce qui aurait généré environ 50 000 euros d’économies ; l'électricité non autoconsommée a été vendue.

La même année, la commune a également travaillé sur son installation historique. L’optimisation du système solaire thermique de la piscine pour la saison d’ouverture 2025 a permis, selon l’ADEME, de diminuer de 62 % la consommation de gaz par rapport à 2024.

Ces chiffres permettent de mesurer la transformation d’une politique énergétique municipale sur une période inhabituelle. Le projet de 1983 visait d’abord à chauffer l’eau d’une piscine en consommant moins de gaz. En 2026, la commune raisonne désormais simultanément en production photovoltaïque, autoconsommation, solaire thermique, rénovation et maîtrise des consommations.

Montmélian n’est pourtant pas une métropole disposant d’une immense direction de l’énergie. Les dernières données de l’INSEE publiées le 27 août 2026 recensent 4 024 habitants en 2023, pour une densité de 707 habitants au km².

C’est précisément cette échelle qui rend l’expérience particulièrement intéressante pour les maires de petites et moyennes communes : elle montre qu’une stratégie énergétique peut s’inscrire dans la durée sans nécessairement commencer par un projet gigantesque.

De Roger Rinchet à Béatrice Santais : la question de la continuité

L’histoire de Montmélian comporte également une dimension politique assez rare.

Le projet solaire initial est porté sous le mandat de Roger Rinchet, maire de Montmélian lorsque la piscine est équipée en 1983. Béatrice Santais lui succède à la mairie en 2008 et poursuit cette orientation énergétique. Les deux sont également père et fille, relation confirmée par plusieurs sources biographiques et par la presse nationale.

Mais ce qui mérite surtout l’attention n’est pas la dimension familiale. C’est la permanence d’une politique publique.

Un investissement énergétique municipal est rarement pensé sur quarante ans. Un mandat municipal dure six ans. Les technologies changent, les financements évoluent, les priorités nationales se déplacent et de nouvelles urgences apparaissent. Pourtant, à Montmélian, le fil conducteur engagé au début des années 1980 reste identifiable en 2026.

La collectivité n’a évidemment pas appliqué pendant quatre décennies un programme figé. Les outils ont changé. Le photovoltaïque a rejoint le solaire thermique. La sobriété et l’efficacité énergétique sont devenues des axes à part entière. L’action s’est progressivement déplacée vers l’intercommunalité. Mais l’idée initiale est demeurée : diminuer la dépendance aux énergies fossiles et exploiter les possibilités locales de production renouvelable.

C’est peut-être là que Montmélian devient un sujet moins énergétique que municipal : combien de politiques publiques locales ont réellement le temps de produire leurs effets avant d’être remplacées par une nouvelle priorité ?

La petite ville est devenue un territoire plus large

La stratégie dépasse désormais les frontières communales.

Béatrice Santais préside également la Communauté de communes Cœur de Savoie, qui regroupe 41 communes et près de 37 000 habitants, selon l’ADEME. Le plan climat intercommunal comprend actuellement 93 actions concernant notamment la réduction des consommations et le développement des énergies renouvelables. La commune et l’intercommunalité sont engagées dans le programme Territoire Engagé Transition Écologique de l’ADEME et disposent d’une labellisation 4 étoiles climat-air-énergie.

À l’échelle intercommunale, le patrimoine est également utilisé comme support de production. L’ADEME indique une puissance photovoltaïque installée de 850 kWc sur le patrimoine intercommunal.

Cette évolution illustre une autre transformation de l’action locale depuis les années 1980. Lorsqu’un maire pouvait autrefois décider de placer des panneaux sur une piscine municipale, les stratégies énergétiques contemporaines sont devenues beaucoup plus territoriales. Production, réseaux de chaleur, mobilité, planification, rénovation des bâtiments et ingénierie nécessitent souvent de dépasser l’échelle d’une seule commune.

Montmélian sert alors moins de modèle à reproduire à l’identique que de point de départ à une politique menée à une autre échelle.

Le prochain chapitre sera sous les rues

Après les toitures, Montmélian s’apprête désormais à travailler sous terre.

La commune prévoit pour 2027 la mise en service d’un réseau de chaleur renouvelable destiné à alimenter plusieurs bâtiments publics puis, à terme, des logements. Selon l’ADEME, l’objectif est de remplacer des systèmes actuellement alimentés au gaz par une production de chaleur décarbonée et mutualisée. Le projet bénéficie du soutien du Fonds Chaleur de l’ADEME.

Le changement d’échelle est considérable par rapport aux quelques centaines de mètres carrés de capteurs installés en 1983. Un réseau de chaleur ne concerne plus seulement un bâtiment mais organise la production et la distribution d’énergie pour plusieurs utilisateurs.

Il traduit aussi l’évolution des préoccupations. Dans les années 1980, la hausse du coût des hydrocarbures pouvait justifier l’expérimentation solaire. Aujourd’hui, les collectivités doivent également intégrer la décarbonation, la maîtrise de leurs dépenses, la sécurité d’approvisionnement et la réduction de leur exposition aux fluctuations du prix des énergies fossiles.

Le moyen change, mais une partie du raisonnement reste étonnamment proche de celui qui avait conduit Roger Rinchet à regarder le toit de sa piscine municipale autrement.

Quand le solaire devient aussi une politique sociale

Montmélian présente une autre particularité : la question énergétique y rencontre directement celle du logement.

L’ADEME indique que la commune compte près de 50 % de logements sociaux. Dès les années 1990, la ville travaille avec son principal bailleur social pour installer du solaire thermique sur des immeubles et accompagner leur rénovation énergétique.

Cette dimension se poursuit aujourd’hui avec Sun4All, programme européen destiné à utiliser une production solaire locale au bénéfice de ménages confrontés à la précarité énergétique.

Selon le dispositif présenté par l’ADEME, une partie de l’énergie photovoltaïque produite est valorisée afin de financer une réduction de facture pouvant atteindre environ une dizaine d’euros par mois pour certains foyers modestes ; une autre partie peut être fournie gratuitement dans le cadre de l’autoconsommation collective. Les bénéficiaires sont identifiés avec les bailleurs et acteurs locaux.

Ce volet évite de réduire la transition énergétique municipale à une simple addition de panneaux et de kilowattheures. Une politique de production locale pose aussi la question de savoir qui bénéficie de la valeur créée.

Ce que Montmélian peut réellement apprendre aux autres maires

Il serait tentant de présenter Montmélian comme « le modèle à suivre ». Ce serait aller trop loin.

Chaque commune possède des bâtiments, des ressources, un climat, des capacités financières et des besoins différents. Les performances d’un équipement solaire installé en Savoie ne peuvent pas être automatiquement transposées dans toutes les communes françaises. Les mécanismes de financement des années 2020 n’ont également plus rien à voir avec ceux de 1983.

L’intérêt de Montmélian est ailleurs.

La ville montre d’abord qu’une politique énergétique municipale peut commencer par un équipement très concret. En 1983, il ne s’agit pas de transformer intégralement le système énergétique local. Il s’agit de chauffer plus efficacement l’eau d’une piscine.

Elle montre ensuite l’importance de mesurer. Si la première installation n’avait pas produit de résultats, il aurait probablement été beaucoup plus difficile de convaincre la municipalité de poursuivre. L’économie d’énergie constatée a donné au projet suivant une justification qui n’était plus seulement environnementale.

Montmélian montre enfin ce que produit le temps long. Piscine, maison de retraite, bâtiments communaux, logements sociaux, photovoltaïque, autoconsommation, rénovation énergétique, stratégie intercommunale et réseau de chaleur n’ont pas été réalisés simultanément. Ils constituent différentes étapes d’une politique commencée plus de quarante ans auparavant.

Le véritable patrimoine énergétique d’une commune

Lorsqu’on parle du patrimoine communal, on pense aux écoles, à l’hôtel de ville, aux gymnases, aux équipements culturels, aux routes ou au foncier.

Montmélian invite à ajouter une autre catégorie : le patrimoine énergétique.

Les capteurs solaires posés en 1983 en font aujourd’hui partie. Tout comme les installations photovoltaïques, les équipements thermiques, les rénovations réalisées ou les futures infrastructures de chaleur.

La différence est importante. Une installation énergétique n’est plus seulement regardée comme une dépense technique mais comme un actif dont les effets peuvent être observés pendant plusieurs mandats.

À Montmélian, quelques panneaux installés sur le toit d’une piscine municipale ont traversé plus de quarante ans de politiques énergétiques françaises. Ils étaient déjà là avant les plans climat territoriaux, avant l’autoconsommation photovoltaïque telle qu’elle existe aujourd’hui et avant que la sortie progressive des énergies fossiles ne devienne un objectif central des politiques publiques.

Ils fonctionnent encore.

Et c’est sans doute ce qui rend cette petite ville savoyarde plus intéressante qu’une vitrine technologique. Montmélian ne raconte pas l’histoire d’une technologie miraculeuse. Elle raconte ce que peut devenir une décision municipale lorsqu’une collectivité accepte de la poursuivre, de l’adapter et de l’évaluer pendant quarante ans.

Pour les maires qui ouvrent aujourd’hui un nouveau mandat, la question posée par Montmélian pourrait finalement être très simple : parmi les décisions prises maintenant, lesquelles seront encore visibles — et utiles — dans leur commune en 2066 ?

Source : Gabriel Favre pour collectivite(s).info Photo ville de Montmélian https://montmelian.com/