Administration

Pouvoirs de police spéciale : quels choix s'offrent réellement aux maires et aux intercommunalités ?

26 juin 2026
Par Gabriel Favre
Pouvoirs de police spéciale : quels choix s'offrent réellement aux maires et aux intercommunalités ?

À la suite de l'installation des nouveaux exécutifs intercommunaux, les communes disposent d'un délai limité pour se prononcer sur le transfert automatique de plusieurs pouvoirs de police spéciale au président de leur établissement public de coopération intercommunale (EPCI). Derrière ce mécanisme prévu par le Code général des collectivités territoriales se cache une décision loin d'être purement administrative. Organisation des services, répartition des responsabilités, cohérence de l'action publique et proximité avec les habitants : les choix effectués dans les prochains mois pourraient durablement influencer le fonctionnement des collectivités.

Chaque renouvellement municipal s'accompagne d'une série de décisions techniques qui, bien que discrètes, structurent durablement les relations entre les communes et leur intercommunalité. Le transfert des pouvoirs de police spéciale en fait partie.

Prévu par l'article L. 5211-9-2 du Code général des collectivités territoriales, ce dispositif organise le transfert automatique de certains pouvoirs de police du maire vers le président de l'intercommunalité lorsque celle-ci exerce les compétences concernées. Toutefois, cette automaticité n'est pas absolue : les maires disposent d'un délai de six mois suivant l'élection du président de l'EPCI pour s'y opposer. Le président peut également, dans certains cas, renoncer à exercer ces pouvoirs.

Cette période de réflexion constitue donc un moment stratégique pour les nouveaux exécutifs locaux.

Une logique de cohérence entre compétences et pouvoirs

Le principe poursuivi par le législateur est relativement simple : lorsqu'une compétence est exercée à l'échelle intercommunale, il peut apparaître cohérent que le pouvoir de police correspondant soit lui aussi exercé au même niveau.

Cette logique vise notamment à éviter des situations dans lesquelles un EPCI assure un service public mais ne dispose pas des outils réglementaires nécessaires à son bon fonctionnement.

Plusieurs domaines peuvent ainsi être concernés selon les compétences effectivement exercées par la communauté : la circulation et le stationnement sur certaines voiries, la réglementation de la collecte des déchets ménagers, la police de la publicité extérieure, la lutte contre l'habitat indigne ou encore certaines polices liées à l'assainissement ou à l'accueil des gens du voyage.

L'objectif affiché est de renforcer la cohérence des politiques publiques à l'échelle d'un bassin de vie, où les problématiques dépassent souvent les limites administratives d'une seule commune.

Une décision qui dépasse le simple cadre juridique

En pratique, accepter ou refuser le transfert ne relève pas uniquement d'une lecture des textes.

Cette décision soulève des questions très opérationnelles.

L'intercommunalité dispose-t-elle des services administratifs et techniques capables d'exercer efficacement ces nouvelles responsabilités ?

Les procédures seront-elles plus rapides ou, au contraire, plus complexes avec une décision prise à un niveau différent de celui de la commune ?

Les maires souhaitent-ils conserver une capacité d'intervention directe sur certains sujets particulièrement sensibles pour leurs administrés ?

Autant de questions qui nécessitent un dialogue approfondi entre les communes membres et leur président d'intercommunalité.

Préserver la proximité ou rechercher une harmonisation ?

Le débat oppose souvent deux visions complémentaires de l'action publique locale.

D'un côté, plusieurs élus considèrent que certaines décisions relèvent pleinement de la proximité communale. La connaissance fine du terrain, des habitants et des spécificités locales permettrait de prendre des décisions plus réactives et mieux adaptées.

De l'autre, les défenseurs d'une gestion intercommunale mettent en avant la nécessité d'assurer une plus grande homogénéité des règles sur l'ensemble du territoire communautaire. Les déplacements, les flux économiques ou la gestion des déchets ne s'arrêtent pas aux limites communales et justifieraient donc une approche coordonnée.

Dans certains territoires composés de nombreuses petites communes, cette mutualisation peut également permettre de mobiliser une expertise juridique et technique plus importante que celle dont dispose chaque mairie isolément.

Une concertation indispensable

Les spécialistes des collectivités rappellent que le transfert des pouvoirs de police spéciale ne devrait jamais être abordé comme une simple formalité administrative.

Avant toute décision, plusieurs éléments méritent d'être analysés : les moyens humains disponibles, les coûts de gestion, les modalités d'intervention des services, les responsabilités juridiques, ainsi que les conséquences pour les administrés.

Une concertation en amont entre les maires et le président de l'EPCI permet souvent d'éviter des difficultés d'application ultérieures.

Certaines intercommunalités choisissent ainsi de maintenir une gestion communale lorsqu'elles estiment que la proximité constitue un atout essentiel, tandis que d'autres privilégient une harmonisation à l'échelle communautaire afin de simplifier les procédures et de renforcer la lisibilité de l'action publique.

La police générale reste de la compétence du maire

Il convient toutefois de rappeler que ce mécanisme ne remet pas en cause le rôle central du maire en matière de police administrative générale.

Les pouvoirs prévus notamment par les articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du Code général des collectivités territoriales demeurent de sa compétence. Le maire continue ainsi d'assurer le maintien du bon ordre, de la sûreté, de la sécurité et de la salubrité publiques sur le territoire communal, ainsi que la gestion des situations d'urgence lorsque les circonstances l'exigent.

Cette distinction entre police générale et polices spéciales constitue un point essentiel pour comprendre la portée réelle du dispositif.

Une décision structurante pour le mandat

À première vue, le transfert des pouvoirs de police spéciale peut apparaître comme un sujet technique réservé aux juristes territoriaux.

Il constitue pourtant un véritable choix d'organisation pour les six prochaines années.

Selon les décisions prises, certaines compétences resteront pilotées au plus près des communes tandis que d'autres pourront être exercées à l'échelle intercommunale dans une logique de mutualisation et d'harmonisation.

Au-delà du calendrier fixé par les textes, cette période offre surtout aux exécutifs locaux l'occasion de définir la manière dont ils souhaitent articuler proximité communale, efficacité administrative et coopération intercommunale. Dans un contexte où les collectivités sont confrontées à des exigences réglementaires toujours plus nombreuses, la qualité du dialogue entre maires et présidents d'intercommunalité apparaît plus que jamais comme l'un des facteurs clés d'une gouvernance territoriale efficace.

Source : Rédaction Collectivite(s).info - Auteur Gabriel Favre - photo Conseil intercommunal 5 février Les Herbiers