Infrastructure

À Saint-Omer, la reconquête des canaux devient un immense chantier urbain, climatique et économique

13 mai 2026
Par Pascal Martinez
À Saint-Omer, la reconquête des canaux devient un immense chantier urbain, climatique et économique

Entre prévention des inondations, requalification du centre-ville et nouveaux usages des espaces publics, la cité audomaroise transforme progressivement son rapport à l’eau. Pendant longtemps, les canaux de Saint-Omer ont surtout été perçus comme des infrastructures techniques héritées de l’histoire industrielle et fluviale du territoire. Aujourd’hui, ils redeviennent un axe stratégique majeur de l’aménagement urbain local. Réhabilitation des quais, adaptation aux risques d’inondation, valorisation touristique, nouvelles mobilités et transformation des espaces publics : derrière les travaux engagés ou projetés, c’est une nouvelle vision de la ville qui se dessine progressivement. Un chantier de long terme qui illustre aussi les profondes mutations auxquelles sont confrontées de nombreuses villes moyennes françaises.

Dans les rues du centre-ville de Saint-Omer, les travaux visibles depuis plusieurs mois peuvent parfois sembler fragmentés aux yeux des habitants : réaménagement de voirie, interventions sur les berges, modernisation des espaces publics, ajustements des circulations ou encore opérations hydrauliques.

Mais pour les élus, urbanistes et techniciens territoriaux, ces opérations s’inscrivent dans une logique beaucoup plus large : celle d’une transformation progressive de la ville autour de l’eau.

Car à Saint-Omer, l’eau n’est pas un simple élément de décor urbain. Elle constitue l’ADN même du territoire.

La ville s’est historiquement développée autour d’un réseau hydraulique particulièrement dense relié au célèbre marais audomarois, vaste ensemble de zones humides façonné par l’activité humaine depuis plusieurs siècles. Ce marais, unique en France, représente aujourd’hui près de 3 700 hectares et demeure l’un des derniers marais maraîchers encore cultivés du pays.

Cette singularité géographique, longtemps considérée avant tout sous l’angle patrimonial ou agricole, est désormais devenue un enjeu central d’urbanisme et d’adaptation climatique.

Une ville directement confrontée aux enjeux hydrauliques

Les épisodes d’inondations qui ont frappé le Pas-de-Calais et une partie des Hauts-de-France durant l’hiver 2023-2024 ont profondément marqué les collectivités locales.

Dans plusieurs communes du territoire audomarois, les habitants ont été confrontés à des montées des eaux particulièrement importantes, provoquant dégâts matériels, évacuations et perturbations durables.

Même si le fonctionnement hydraulique du marais audomarois reste spécifique et complexe, ces événements ont brutalement replacé la question de la gestion de l’eau au cœur des politiques locales.

Pour les collectivités, le sujet dépasse désormais largement la seule compétence technique.

« Les villes doivent aujourd’hui intégrer le risque climatique dans tous les projets d’aménagement », résume un urbaniste spécialisé dans les politiques de résilience territoriale dans les Hauts-de-France.

À Saint-Omer, cela implique notamment :

une meilleure gestion des écoulements ; la modernisation de certaines infrastructures hydrauliques ; la désimperméabilisation progressive de certains espaces ; la renaturation des berges ; mais aussi une réflexion plus globale sur la place de l’eau dans la ville. Le retour des quais et des berges dans les politiques urbaines

Comme beaucoup de villes françaises traversées par des canaux ou des cours d’eau, Saint-Omer a longtemps privilégié une logique très fonctionnelle de ses quais urbains.

Durant plusieurs décennies, l’espace public a été progressivement organisé autour de la voiture :

élargissement de certaines voies ; stationnement ; circulation ; infrastructures techniques.

Dans de nombreuses villes moyennes, les canaux ont parfois fini par devenir des espaces relativement invisibles dans le paysage quotidien.

Cette approche change désormais radicalement.

Les collectivités cherchent aujourd’hui à réutiliser les berges comme :

espaces de promenade ; zones végétalisées ; continuités piétonnes ; itinéraires cyclables ; lieux de respiration urbaine ; outils de lutte contre les îlots de chaleur.

À Saint-Omer, cette évolution est particulièrement visible dans plusieurs opérations de requalification du centre-ville et des abords des canaux.

L’objectif n’est plus uniquement esthétique.

Les élus locaux cherchent également à :

renforcer l’attractivité résidentielle ; soutenir le commerce de centre-ville ; développer le tourisme ; améliorer le cadre de vie ; tout en répondant aux nouvelles contraintes climatiques. Une transformation qui s’appuie aussi sur le tourisme et le patrimoine

Le territoire audomarois dispose d’un atout rare : un patrimoine naturel et hydraulique déjà fortement identifié.

Le marais audomarois bénéficie notamment d’une reconnaissance internationale grâce à son classement UNESCO au titre du programme Man and Biosphere.

Chaque année, plusieurs centaines de milliers de visiteurs fréquentent également le territoire autour :

des balades fluviales ; des activités de nature ; des circuits patrimoniaux ; ou encore du tourisme de proximité.

Pour les collectivités, la requalification des espaces liés à l’eau représente donc également un enjeu économique majeur.

Car les attentes des habitants et des visiteurs ont profondément évolué.

Les centres-villes ne sont plus seulement évalués sur leur offre commerciale, mais aussi sur :

la qualité des espaces publics ; la présence de nature ; les cheminements piétons ; les mobilités douces ; la convivialité des quais ; ou encore le confort climatique.

« Aujourd’hui, l’attractivité territoriale passe aussi par la capacité à offrir des espaces urbains agréables et adaptés aux nouvelles attentes environnementales », observe un spécialiste de l’aménagement territorial.

Des chantiers complexes pour les collectivités locales

Sur le terrain, ces transformations restent néanmoins particulièrement complexes à conduire.

Car réaménager un centre-ville historique traversé par des canaux implique de multiples contraintes :

techniques ; hydrauliques ; patrimoniales ; budgétaires ; commerciales ; politiques.

Les travaux entraînent également des perturbations parfois importantes pour les riverains et les commerçants.

Circulation modifiée, accès perturbés, stationnement réduit ou baisse temporaire de fréquentation alimentent régulièrement les inquiétudes locales.

Ce phénomène n’est pas propre à Saint-Omer.

Partout en France, les collectivités engagées dans des opérations de requalification lourde doivent gérer une tension permanente entre :

nécessité de transformer la ville ; urgence climatique ; contraintes financières ; et acceptabilité des travaux.

Certaines municipalités tentent désormais de mieux accompagner ces périodes de transition grâce à :

des concertations renforcées ; des phasages plus progressifs ; des dispositifs de communication dédiés ; ou des aides ponctuelles au commerce local. Les villes moyennes entrent dans une nouvelle phase de transformation urbaine

Le cas de Saint-Omer illustre une tendance beaucoup plus large observée dans de nombreuses villes françaises de taille moyenne.

Pendant plusieurs années, les grandes métropoles concentraient l’essentiel des grands projets urbains visibles.

Désormais, les villes moyennes investissent elles aussi massivement dans :

la reconquête des friches ; les mobilités douces ; la renaturation ; l’adaptation climatique ; la rénovation des centres anciens ; et les espaces publics.

Cette évolution est notamment portée par plusieurs facteurs :

pression climatique croissante ; recherche d’attractivité résidentielle ; volonté de limiter l’étalement urbain ; politiques nationales de revitalisation des centres-villes ; et nouvelles attentes des habitants.

Dans ce contexte, les canaux, rivières et espaces liés à l’eau redeviennent progressivement des éléments centraux des stratégies urbaines.

Longtemps considérés comme des contraintes techniques, ils sont désormais vus comme des leviers de transformation territoriale.

À Saint-Omer, cette mutation reste encore en cours.

Mais pour de nombreux urbanistes, le chantier engagé dépasse déjà largement la simple réhabilitation d’espaces publics : il marque le retour d’une ville qui cherche à se reconstruire autour de son identité hydraulique historique, tout en tentant de répondre aux défis climatiques et urbains des prochaines décennies.

Source : Rédaction collectivite(s).info Pascal Martinez - Photo Ville de Saint-Omer